Sommaire
° Différences et liens avec la variole
La variole du singe ou "orthopoxvirose simienne" est une zoonose virale rare (maladie transmise à l’être humain par les animaux) que l’on rencontre principalement dans les régions de forêt tropicale humide d’Afrique du Centre et de l’Ouest. Elle est causée par un virus proche de celui de la variole : l’orthopoxvirus simien. Les symptômes ressemblent en moins grave à ceux observés lors de la variole, et la guérison est le plus souvent spontanée en deux à quatres semaines.
L'agent causal de la variole du singe est le virus Monkeypox ou l’orthopoxvirus simien. C'est un virus enveloppé à ADN double brin de la famille des Poxviridae, sous famille des chordopoxvirinae, genre orthopoxvirus, un genre très important qui regroupe les virus de la variole humaine et des autres varioles animales. Il existe deux souches du virus classées selon la virulence : la souche du Congo ou d'Afrique centrale qui est la plus virulente, et la souche d'Afrique occidentale, la moins virulente.
Le virus Monkeypox a été identifié, pour la première fois, chez des singes de laboratoire à Copenhague en 1958, et il est classé au niveau 3 sur une échelle de 4 de danger biologique.
La variole du singe est une maladie qui a émergé en Afrique. Le premier cas humain a été détecté en 1970 en République démocratique du Congo chez un enfant de 9 ans vivant dans une région où la variole classique avait été éliminée depuis 1968. Les pays endémiques où la variole du singe a été signalée sont principalement : la République Démocratique du Congo, le Cameroun, la République Centrafricaine, la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Gabon, le Liberia, le Nigeria, la République du Congo et la Sierra Leone.
Cette maladie est parfois exportée vers d’autres régions. Par exemple, la première épidémie non africaine de variole du singe est survenue en 2003 aux États-Unis où elle a été importée depuis le Ghana par plusieurs espèces de rongeurs sauvages, dont les rats de Gambie qui auraient contaminé des chiens de prairies (genre de rongeurs) dans des animaleries. Le bilan final est de 82 personnes touchées dont 47 cas confirmés, tous les patients ont été en contact avec un chien de prairie infecté. Heureusement, il n'y a eu aucun décès mais la maladie était similaire à celle existante en Afrique.
En mai 2022, plusieurs cas de variole du singe ont été recensés dans des pays non endémiques.
La transmission de la variole du singe peut être zoonotique ou interhumaine :
La transmission de l’animal à l’être humain ou transmission zoonotique peut résulter d’un contact direct avec du sang, des liquides biologiques ou des lésions cutanées ou muqueuses d’animaux infectés. En Afrique, on a trouvé des preuves de l’infection par le virus de la variole du singe chez de nombreux animaux, y compris des singes et des rongeurs : funisciures, écureuils, rats, cricétomes des savanes et loirs. Le réservoir naturel de la variole du singe n’a pas encore été identifié, mais le plus probable est qu’il s’agisse de rongeurs comme les rats géants de Gambie et les primates non humains comme les singes. La consommation de viande et d’autres produits venant d’animaux infectés sans les cuire suffisamment est égalemment un facteur de risque possible.
La transmission interhumaine peut résulter de contacts étroits et prolongés avec des sécrétions des voies respiratoires ou des lésions cutanées d’un sujet infecté ou avec d’objets récemment contaminés. La transmission par les particules des gouttelettes respiratoires nécessite en général un contact face à face prolongé, ce qui expose les agents de santé, les proches et les personnes-contacts des cas évolutifs à un risque infectieux plus grand. La transmission peut également s'effectuer de la mère au fœtus par le placenta (congénitale) ou lors d’un contact étroit à l’accouchement et après la naissance.
Bien que le contact physique étroit soit un facteur de risque bien connu pour la transmission, il n’est pas clairement établi pour le moment que la variole du singe puisse se transmettre spécifiquement par voie sexuelle, des études sont nécessaires pour mieux comprendre ce risque. Par ailleurs, une relation sexuelle avec une personne infectée présente des risques importants de contamination par contact étroit.
L'intervalle s’écoulant entre le contact avec le virus et l’apparition des symptômes, durée d’incubation, varie en général de 5 à 21 jours. L’infection peut être scindée en deux périodes :
1/ La période invasive : elle dure de 0 à 5 jours, caractérisée par l’apparition de fièvre, de céphalées intenses, d’une adénopathie (tuméfaction des ganglions lymphatiques), de douleurs dorsales, de douleurs musculaires et d’une asthénie. L’adénopathie est une caractéristique de la variole du singe qui la distingue des autres maladies susceptibles de présenter des similarités dans un premier temps : varicelle, rougeole, et variole.
2/ L’éruption cutanée : elle commence généralement dans les 1 à 3 jours suivant l’apparition de la fièvre. Elle se concentre en général davantage sur le visage et les extrémités que sur le tronc. Elle touche le visage dans 95% des cas, et les paumes des mains et les plantes des pieds dans 75% des cas. Les muqueuses buccales (65% des cas), les organes génitaux (30%) et les conjonctives (20%), ainsi que la cornée sont également touchés. L’évolution de l’éruption se fait dans un ordre donné :
- Macules : lésions aplaties rougeâtres qui apparaissent dans les 1 à 3 jours suivant l’apparition de la fièvre.
- Papules : lésions fermes en léger relief qui apparaissent le 4ème jour.
- Vésicules : lésions de 3 mm de diamètre remplies de liquide clair, du 5ème au 6ème jour.
- Pustules : lésions remplies de liquide jaunâtre de 3 à 10 mm de diamètre, du 7ème au 11ème jour. Au stade de vésicules et de pustules, le risque de contagiosité est très élevé.
- Croûtes : les pustules sèchent et tombent sous forme de croûtes entre le 12ème et le 14ème jour. Quand toutes les croûtes sont tombées, le patient n'est plus considéré comme contagieux.
L’atteinte cutanée survient en une seule poussée, les lésions sont du même âge et évoluent de façon uniforme. Le nombre de lésions peut aller de quelques unes à des milliers. Dans les cas graves, les lésions peuvent fusionner jusqu’à ce que de grands lambeaux de peau se détachent.
Différences et liens avec la variole
Le Monkeypox et le virus de la variole ne sont pas identiques, mais ils appartiennent au même genre "orthopoxvirus". La variole du singe est plus bénigne et associée à des ganglions qui sont absents dans la variole classique, et les cicatrices sont moins graves. La variole simienne ressemble beaucoup à la varicelle qui est plus contagieuse.
La variole classique se transmettait plus facilement et était plus souvent mortelle, le dernier cas de variole date de 1977 et, en 1980, la maladie a été déclarée éradiquée dans le monde entier au terme d’une campagne mondiale de vaccination organisée par l'OMS et les autorités sanitaires. Et comme cette vaccination protégeait également contre la variole du singe en Afrique de l’Ouest et du Centre, les populations non vaccinées sont désormais plus sensibles à l’infection par le virus de la variole du singe.
L’infection à Monkeypox est suspectée si la personne a eu une exposition possible au virus dans les 3 semaines précédentes :
- retour de zone d'endémie en Afrique centrale et occidentale et/ou contact avec rongeurs ou singes morts ou vivants, consommation de viande de brousse (sauvage).
- contact avec toute personne infectée : contact avec lésions cutanées du patient ou objets/linges contaminés, rapport sexuel, etc.
La confirmation diagnostique de variole du singe est biologique, et elle se fait par l’identification du virus notamment par test PCR sur des prélèvements cutanés au niveau des lésions (vésicules, croûtes), ou naso-pharyngés en cas de poussée éruptive dans la bouche ou la gorge. Les méthodes immunologiques (ELISA, recherche d'antigènes) ne permettent qu'un diagnostic d'orientation, elles indiquent la présence ou l'exposition à un orthopoxvirus, sans préciser lequel. Une fois le diagnostic posé, la variole du singe doit être déclarée car c'est une maladie contagieuse à déclaration obligatoire, ce qui permet la mise en place la plus rapide possible de mesures de contrôle et d'actions de prévention.
Le diagnostic différentiel doit se faire avec d’autres maladies à éruption cutanée comme la variole, la varicelle, la rougeole, les infections bactériennes cutanées, la gale, la syphilis et les allergies cutanées.
La variole du singe se distingue de la variole par une gravité relativement moindre. La souche du Congo est responsable de la plupart des cas de décès qui surviennent surtout chez les très jeunes enfants. La maladie est aussi grave chez les femmes enceintes et les immunodéprimées. Les complications possibles sont :
- Surinfection bactérienne des lésions cutanées.
- Déshydratation surtout chez les enfants.
- Atteinte de la cornée des yeux, pouvant être responsables de séquelles de la vision.
- Complications digestives, ORL ou neurologiques : otite, encéphalite.
- Infections pulmonaires ou pneumonies.
- Infection généralisée ou sepsis.
- Il peut y avoir égalemment des séquelles éruptives : cicatrices ou taches hypopigmentées qui s'atténuent au fil du temps.
En cas de variole du singe, l'isolement de la personne malade, l'application des gestes barrières et le traitement pour soulager les symptômes sont indispensables. Les médicaments antiviraux et les immunoglobulines sont prescrits pour les personnes les plus fragiles.
1/ Gestes barrières :
Toute personne atteinte de la variole du singe doit s'isoler à son domicile, porter un masque chirurgical, et ne pas avoir de contact physique avec d’autres personnes (ne pas se serrer les mains, ne pas s'embrasser, etc.) pour une durée de 3 semaines à partir de la date de début des symptômes jusqu'à la guérison totale des lésions de la peau. Il lui est recommandé de s’abstenir de rapports sexuels jusqu’à 21 jours après le début des symptômes.
Les personnes qui prennent en charge les malades doivent porter un masque de qualité comme les masques FFP2 et respecter certaines consignes :
- Eviter tout contact rapproché avec la personne malade.
- Lavage des mains très fréquent.
- Ne pas partager ni vêtements, ni linge, ni vaisselle avec la personne malade pendant toute la durée de l’isolement.
- Les déchets tels que les croûtes des vésicules doivent être éliminées dans des sacs-poubelles dédiés.
- Nettoyage soigneux du domicile comportant les surfaces, la literie, les vêtements et la vaisselle en fin d’isolement.
- Par ailleurs, les personnes atteintes de formes graves devraient être d'emblée hospitalisées, car elles risquent d'avoir des complications.
2/ Traitement symptomatique :
- C’est le traitement de la fièvre. Il est conseillé d'utiliser le paracétamol, en dehors de toute contre-indication (allergie, maladie grave du foie).
- Les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont contre-indiqués en raison de la possibilité de survenue de complications infectieuses graves cutanée, pulmonaires, ORL, neurologiques...
- Pour éviter le grattage de la peau, la surinfection des lésions et la transmission du virus, des antihistaminiques peuvent être prescrits et il est conseillé de couvrir les lésions cutanées.
3/ Traitement des complications :
- Sels de réhydratation en cas de déshydratation, complication fréquente chez les enfants.
- Antibiotiques en cas de complications infectieuses : surinfection cutanée, pneumonie, sepsis, etc.
- Réanimation en cas d'état de choc hypovolémique ou septique.
4/ Antiviraux et immunoglobulines :
Ce traitement est décidé avec l’aide d’un médecin infectiologue. Il n’est pas systématique et il est destiné aux personnes immunodéprimées dont celles vivant avec le VIH ou le cancer, femmes enceintes et jeunes enfants. Il peut être aussi utilisé dans les formes graves.
- Le Tecovirimat est un antiviral utilisé dans le traitement de la variole, de la variole du singe et de la variole bovine. Il est également utilisé pour traiter les complications qui peuvent survenir à la suite de la vaccination contre la variole. Le Tecovirimat est utilisé chez les adultes et les enfants pesant au moins 13 kg, ce médicament antiviral pourrait raccourcir les symptômes de cette infection et également réduire la durée de contagion.
- Les immunoglobulines humaines anti-vaccine sont réservées aux personnes pour lesquelles les antiviraux ne peuvent pas être prescrits comme les femmes enceintes et les jeunes enfants avec poids de moins de 13 kg.
Sur le plan individuel, et tout comme pour le Covid-19, les gestes barrières peuvent être utiles : port du masque dans les lieux fermés peuplés, lavage des mains, distanciation sociale et autres. Pour les autorités sanitaires, la principale stratégie de prévention de la variole du singe consiste à sensibiliser les populations aux facteurs de risque et à les éduquer aux mesures à prendre pour réduire l’exposition au virus. Trois points sont essentiels :
1/ Réduction du risque de transmission zoonotique :
Il convient d’éviter les contacts non protégés avec des animaux sauvages susceptibles d'héberger le virus, notamment les animaux malades ou retrouvés morts dans les régions où le Monkeypox est présent, y compris avec leur viande, leur sang et d’autres parties. De plus, tous les aliments contenant de la viande ou des ingrédients d’origine animale doivent être bien cuits avant d’être consommés. Il faut égalemment éviter tout contact avec des matériaux, comme la litière, qui ont été en contact avec un animal malade.
2/ Réduction du risque de transmission interhumaine :
Au cours des flambées de variole du singe chez l’être humain, le facteur de risque le plus important est le contact rapproché avec d’autres personnes infectées. Les agents de santé et les proches des patients courent un plus grand risque d’infection. Les agents de santé soignant des patients ayant une variole du singe présumée ou confirmée, ou manipulant des échantillons prélevés sur ces patients doivent appliquer les précautions de lutte anti-infectieuse : éviter de toucher les lésions cutanées à mains nues en portant des gants jetables, observer une stricte hygiène et utiliser des équipements de protection individuelle (EPI). Si possible, il est préférable de confier le soin de ces patients à des personnes qui ont été déjà vaccinées contre la variole.
3/ Vaccination :
Si aucun vaccin n'existe encore pour la variole du singe, la vaccination contre la variole humaine est aussi efficace et permet d'offrir une protection croisée contre le Monkeypox estimée à 85%. Les vaccins de 1ère et de 2ème génération contre la variole ne sont plus utilisés depuis 1984 du fait de l'éradication de la variole. Aujourd'hui, les personnes contacts à risque d'une personne infectée, ou des professionnels de santé en milieu de soins exposés au virus peuvent être vaccinés avec de nouveaux vaccins de 3ème génération.



